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Prendre la route de la Kabylie
Quitter Alger, vers l’Est, Direction Tizi Ouzou. Tizi Ouzou, ce genre de nom exotique que tout le monde connaît même sans savoir ou ça se trouve, comme Zanzibar et Tombouctou. Mais Tizi Ouzou, ne sera pour nous qu’un point passage que nous n’aurons pas le loisir de découvrir. En revanche, nous ne manquons pas de voir, le long de la route, les nids de cigognes. Ces grands oiseaux migrateurs installent au printemps leurs nids partout - sur des poteaux électriques, par exemple - et n’ont aucun problème à se frayer parmi la population. Cette dernière est tellement habituée à ces volatiles que le chauffeur n’a jamais accepté notre requête de stopper le véhicule pour les photographier. Comme si un touriste manifestait à un taxi parisien une excitation à l’égard des pigeons. Et la route se poursuit, en montagne. D’un côté, la mer, de l’autre, des crêtes qui dessinent des silhouettes tantôt arrondies, tantôt pointues. La route monte, descend, jamais en ligne droite, suivant des lacets. Les couleurs, le relief et la végétation font de ce paysage méditerranéen une carte postale qui aurait pu ressortir du sud de la France ou du Liban. Une France plus sauvage ou un Liban avec moins de constructions et moins de monde sur les routes. Derrière ces montagnes il y a d’autres montagnes, puis des vallées, puis d’autres montagnes, puis des hauts plateaux et enfin l’immense et lointain désert du Sahara.
sur la route de bejaia
Azeffoun, jeunes baigneurs temeraires
Pause à Azeffoun, en bord de mer.
Un algérien émigré à Marseille, y a fait fortune pour rentrer au pays. Il a ouvert un café restaurant les pieds dans l’eau. Une plate forme en béton, des tables et une balustrade en bois. En contrebas, les rochers contre lesquels ne cessent de se fracasser les vagues. Quelques jeunes téméraires se jettent à l’eau. Les rochers sont percés de trous comme des éponges. Etrange phénomène d’oxydation. Là ou le regard se pose, il y a des falaises, des pics qui se succèdent à l’infini et qui se jettent dans la méditerranée. Et la route continue vers l’est jusqu’à Bejaia.
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Bejaia: intérieur de café "glaces"
Bejaia! Bejaia en Kabylie. En «Petite Kabylie», pour être plus précis, par opposition à la «Grande Kabylie» dont la ville principale est Tizi Ouzou. Puisqu’on en est là à jouer avec les mots, il serait peut être bon de savoir que la ville de Bejaia est à l’origine de «bougie», terme apparu dans la langue française au XIVe siècle en référence à cette ville d’Algérie qui fournissait alors de grandes quantités de cire. Refermons le dictionnaire, de grâce et allons prendre un verre. Au cœur de la ville, une place. Il y a un Hôtel de l’Etoile, avec «réception au premier étage», et des cafés «boissons fraîches, glaces». A la terrasse du café c’est comme au théâtre. Assis autour d’une table à l’ombre d’un arbre, face à sur l’espace scénique. Les gens sont, là, ils traînent pendant des heures, profitent de cette douceur de vivre et du plaisir de ne rien faire qui font les petits bonheurs. Il y a ceux qui sont assis, installés sur les bancs publics et ceux qui, debout, tournent le dos aux clients du café. Ils sont accoudés à la balustrade. Eux aussi sont des spectateurs.
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Bejaia: terrasse de café, la place
Le spectacle.
L’objet du regard ininterrompu des flâneurs, c’est la vue. La place est en hauteur, comme un balcon qui domine la ville et son port. Vue panoramique. En bas, le port. Il y a un ferry égyptien, des cargos et des remorqueurs. Puis, il y a la mer la mer – sur laquelle vient se tracer la jetée du port - qui s’étale langoureusement. Et puis, il y a, au fond, comme pour fermer ce décor spectaculaire, les montagnes qui ne cessent de se découper comme si elles avaient été dessinées par un peintre de paysage chinois. Sur le flanc gauche du port, une fortification, puis des hangars et la ville coloniale qui s’accroche à des coteaux. 
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Bejaia: le port
La route impeccablement asphaltée contourne des villas et un immeuble dont la tour d’angle coiffée d’une coupole vient rappeler l’allure du célèbre Hôtel Negresco à Nice. On se croirait sur la côte d’Azur, dans une de ces stations huppées comme Antibes. Ce qu’il y a de fascinant en Algérie, c’est qu’un demi-siècle après le départ de la France, la France est restée. Elle est évidement devenue Algérienne, cette France injectée en Afrique du Nord, mais elle a été préservée. Le découpage qui existait entre les villes coloniale et indigène n’existe plus que dans l’architecture, mais les gens, au lieu d’altérer le bâti pour effacer les traces de l’occupant, ont pu se l’approprier et l’adapter à leur mode de vie. 
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Bejaia: intérieur de la cinémathèque
En parlant de représentation, allons au théâtre.
Le théâtre régional de Bejaia est un autre vestige de l’époque coloniale. Grande salle aux sièges rouges et au plafond en plâtre avec luminaires carrés et rectangles soigneusement découpés et joliment suspendus, antichambre de style art-déco avec sol en terrazzo polychrome, pilastres en marbre noir et frise en stuc figurant des naïades dansant sur une plage tandis que d’autres, assises, soufflent dans des trompettes. Il y a aussi un cinéma situé en contrebas de la place et auquel on accède depuis un balcon. Là aussi, très belle salle. Ne pas manquer les détails du plafond qui prend la forme de vagues et les luminaires. C’est dans ce lieu que se déroulent les rencontres cinématographiques de Bejaia, un évènement culturel majeur. 
Hotel les Hammadite, Pouillon architecte
Tichy, hôtel Les Hammadites, Fernand Pouillon architecte
Retour à l’air libre. Les gens n’ont pas bougé de leur place. Ils regardent toujours la baie dont on dit qu’elle est une des plus belles du monde. La plage serait superbe si l’eau ne subissait pas la pollution du port. Qu’à cela ne tienne, à une vingtaine de kilomètres de Bejaia, Tichy est une station balnéaire des plus agréables. Tout le long de la baie, il y a d’un côté les hôtels, de l’autre, le sable et la mer. L’Hôtel Les Hammadites a été construit par Fernand Pouillon, un architecte très célèbre en Algérie. L’accueil est terrible, bureaucrate. Le réceptionniste relit la fiche d’enregistrements des clients comme s’il s’agissait d’un procès en béatification, et muni de sont stylo bille, corrige les imperfections, comme par exemple ajouter la boucle manquante sur les «9». Les espaces de l’hôtel – comme les couloirs desservant les chambres - sont très intéressants. On retrouve partout des éléments décoratifs inspirés par les pierres percées décrites plus haut. Il y a aussi des détails assez kitsch et de mauvais goût dont on se demande si l’architecte y est pour quelque chose. Il semble que Pouillon n’était pas spécialement un maniaque des détails.
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Bejaia: aéroport
Hors de Bejaia, il y a d’autres découvertes. L’embouchure de la Soummam, et en pleine campagne, l’aéroport, qui tapi parmi les arbres, ne doit sa visibilité qu’à un avion – Airbus A320 d’Aigle Azur – qui y est stationné. Et puis, dans la campagne, de petites mosquées très intéressantes par leur simplicité: Une structure carrée, un trou et une coupole en métal.
2005, Baron & Baron, à partir des propos de Rana Haddad et Pierre Hage Boutros. photos: Rana Haddad et Pierre Hage Boutros. tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS