BARON & BARON > CARNETS & RECITS DE VOYAGESEGYPTE > RÉCIT DE VOYAGE 2001'02 [LA NUBIE]
LISEZ NOS RECITS DE VOYAGE EN EGYPTE: 2000 [DU DESERT LIBYQUE A ALEXANDRIE] ET 2005 [SIWA]
VISITEZ NOS PAGES ABOU SIMBEL, ASSOUAN, LE CAIRE, LA NUBIE / LE LAC NASSER
LES MOTS
Les égyptiens parlent toujours l’arabe, souvent l’anglais et parfois (au Caire et à Alexandrie) le français. Le mot le plus employé dans ce pays est inch’allah, [que Dieu le veuille], que l’on met à toutes les sauces. Exemples: “-tout va bien? – inch’allah!”, “-à quelle heure l’avion décolle? – inch’allah!”...
LES CHOSES
Si l’Egypte passionne par la richesse de son patrimoine, le pays regorge aussi d’objets et de lieux qui ressemblent drôlement à des oeuvres d’art et d’architecture contemporaines. A Assouan, on a vu, dans la rue du marché, des banderoles triangles suspendues au dessus de la rue [Daniel Buren, installation à Munster, Sculpture Projects, 1997], et des boeufs enveloppés à la Christo dans une boucherie. Dans un registre plus architectural, le gare et les docks Est du Grand Barrage d’Assouan aurait pu être un projet de Herzog & de Meuron (ou de Dominique Perrault!), le sanctuaire du temple de Dakka, près de Wadi el Seboua, possède la lourdeur colorée du postmodernisme de Charles Jencks ou de Robert Venturi. Toujours à Assouan, l’obélisque inachevé, du land art avant l’heure, à comparer avec les rochers déplacés de Michael Heitzer. Les amateurs de design ne manqueront pas les luminaires Guzzini (authentiques) à Kalabcha. Enfin, au Caire, l’immense porte de la chapelle – copte - de Saint Georges semble annoncer celle qu’Alvaro Siza a réalisée pour l’Eglise de la Vierge à Marco de Canaveses, près de Porto.
LA FAUNE
Le Lac Nasser est un paradis pour les ornithologues. En hiver, on y trouve une quantité impressionnante d’oiseaux, certains, migrateurs, d’autres qui y séjournent toute l’année. Magnifiques pélicans. Les oiseaux, sont encore plus nombreux sur les bords du Nil à Assouan, surtout aux abords de l’île Kitchener, où ils sont attirés par les variétés d’arbres et de plantes qui y sont plantées.
Et les crocodiles du Nil? Disparus. “De toutes façons, les gens sont tous devenus des crocodiles”, commente un feloukier! Ils sont toujours présents sur le Lac Nasser, mais ce sera difficile de les voir saluer les voyageurs, comme l’auraient fait des dauphins! En revanche, de nombreuses momies de crocodiles ont été découvertes. On peut en voir au Musée d’Alexandrie et dans une chapelle du temple de Kom Ombo. 
Le scarabée est un autre animal indissociable de l’Egypte. Considéré comme porte-bonheur, il est omniprésent dans l’iconographie pharaonique. On en trouve assez facilement en se promenant. N’oublions pas, enfin, une rencontre moins agréable: les scorpions.
LES GENS
65 millions égyptiens 
Fathy Sallam
Qui est Fathy Sallam? Personnage occulte et mystérieux, Fathy Sallam est un des fantômes – bien que vivant – de l’Hôtel Old Cataract. Selon certains, il serait le directeur ‘food & beverage’ de l’établissement. Ses pouvoirs seraient immenses. Respecté, presque adulé, il aurait le pouvoir d’accorder le privilège de manger au restaurant 1902. Il faut transiter par huit subalternes pour l’atteindre au téléphone, et le rencontrer est pratiquement impossible. Fathy Sallam serait cependant schizophrène, changeant les tarifs de ses menus de 35 à 100 USD du jour au lendemain, annulant une réservation ou la transférant à un autre restaurant... Son aura n’est que plus magnifiée par le fait qu’il semble totalement inconnu du personnel de l’hôtel (réceptionnistes, vigiles de sécurité), ce qui le rend encore plus inaccessible. Mais ce n’est pas tout. Certains voyageurs qui se sont aventurés dans les méandres obscurs du Cataract prétendent l’avoir vu. Sous une autre identité. Celle d’un vieux garçon de table de taille colossale et aux cheveux ébouriffés. Fathy Sallam aurait subi, sous leurs yeux, humiliations et réprimandes bien arrosées... Le mystère ne fait que s’épaissir. La question qui se pose devient cruciale: Fathy Sallam existe-t-il vraiment? et si oui, sous quelle incarnation?
Amel: moi, moi et moi! 
Anne: Nefertari
Eliane: apprentie psychologue
Fady: Ramses
Greg: Baron
Gwendoline: la comtesse
Jean-Paul: le grand danseur
Joëlle: simulatrice d’ondes (positives?)
Marc: l’amateur de vodka égyptienne
Mira: en attendant Godot (à Louxor)
Patrick: Baron
Paul: l’analyste discret
Philippe: l'absence
Rana: souffre douleur de sa voisine
Salwa: le barde (cf. Asterix)
Yasha: la force tranquille
mercredi 26 janvier 2001 – LE CAIRE - 

Et voilà, c’est reparti! Un an après leur première visite, Baron, Baron & party débarquent à dans la plus grande métropole d’Afrique et d’Arabie. Sauf que depuis, beaucoup de choses ont changé. Il y a eu les évènements du 11 septembre et leur suite. Les hôtels sont vides, seuls libanais et français ont répondu présent. Baron, qui n’a pas digéré les agapes de Noël, est dans un état assez lamentable, il a passé tout le vol BEY-CAI dans les toilettes! Le reste du groupe fait la connaissance de Salwa, notre sympathique guide qui semble avoir un penchant particulier pour le verbe et un amour particulier pour la région de Louxor. Elle aura l’occasion de l’exprimer avec grandeur lors de la visite du Musée Egyptien du Caire, qui, comme à son habitude est toujours aussi poussiéreux et passionnant! 

C’est dans l’après midi, après un déjeuner expédié en vitesse chez Mac Do, que ça commence à chauffer. Direction la vieille ville arabe, vers Bab el Foutouh et Bab El Nasr, la mosquée El Hakim, pour un premier défilé de chaussettes du groupe (noter les bas sexy en filet de Joëlle!), avant de s’enfoncer dans des ruelles tortueuses et de dévier dans des quartiers pas vraiment habitués à recevoir les touristes. Salwa ne manque de faire remarquer qu’il vaudrait mieux se rendre dans des endroits mieux fréquentés, mais on y découvre Beit Suheymi, un joyau du Caire fatimide, très bel exemple de restauration. On finit éparpillés à Khan el Khalili, toujours bruyant et attrape touristes, pour un thé à la menthe (Lipton!) au Resto Naguib Mahfouz.

La soirée doit commencer au Palais Ghouri, où se déroule, en principe, le spectacle des Derviches Tourneurs Al Tannoura. Entretemps, le spectacle a été transféré à la Citadelle et tout le monde s’est perdu dans une folle course poursuite de taxis à travers les rues de la ville! Nous perdons aussi Philippe et Aline que nous devions retrouver au Palais Ghouri. Les messages que nous leurs avons laissés au Cosmopolitan Hotel, où ils descendent, sont demeurés sans réponse. Dans la folie de ce capharnaüm, tout le monde se retrouve au Conrad, au chevet du Baron agonisant. On décide d’aller dîner au Splendido du Blue Nile, un resto à la mode dans une péniche ancrée à Zamalek, où nous découvrons les talents de chanteur mais aussi de coureur de jupons de notre futur Ramses. Wannous essaye en vain de chanter aussi !!! Entretemps, le Baron malade aura un dîner royal au restaurant du Conrad pour lui tout seul:
« boiled rice... with nothing! »
« boiled potatoe... with nothing! »
A 23h30, le téléphone sonne. C’est Philippe. Il vient d’arriver, avec Aline, de Louxor et loge au... Mariott! On l’aurait attendu pour rien, comme à Berlin...

jeudi 27 janvier 2001 – LE CAIRE -

Aujourd’hui ce sera les Pyramides, de Saqqara à Gizeh, sauf pour Jean Paul, Yasha et les deux Baron. Ce sera l’occasion de plonger à nouveau dans les fastes et les mystères de l’Egypte Pharaonique. Salwa ne ratera aucune occasion de mentionner les splendeurs de la Nécropole Thébaine et d’autres chefs-d’oeuvre des environs de Louxor, ce qui ne tombera pas dans  l’oreille d’un sourd. C’est ainsi que commence à germer, dans l’esprit de certains, la tentation de détourner le voyage, ou de modifier le parcours en direction de Louxor. C’est à ce moment que certains ont réalisé que Louxor ne figurait pas dans le parcours!

Pendant ce temps, les autres ont pris un taxi à la journée pour se balader en ville, avec un chauffeur autoritaire qui n’hésite pas à engueuler les policiers. On commence à la Citadelle, avec les groupes scolaires. La vue sur la ville aux mille minarets vaut vraiment le déplacement. Visite de la célèbre mosquée de Mohamed Ali dans le style ottoman, puis du Palais Al Gawhara (le bijou) qui ne mérite vraiment pas son nom: Résidence aujourd’hui vétuste des khédives, avec des salons peints à la patine verte! Nous descendons ensuite vers la mosquée Rifai, dans laquelle il y a des tombeaux, des tombeaux et encore des tombeaux: Des khédives, des pachas, le roi Farouk, le Chah d’Iran. Le préposé ne manque pas de nous raconter la vie de toutes les personnes concernées. Sur la tombe du Chah, un fidèle (au Chah) a installé une camera vidéo sur trépied qui le filme en train de prier! La mosquée Rifai est un pastiche récent de la madrassa du Sultan Hassan. Les deux bâtiments se font face et son presque symétriques. La madrassa Sultan Hassan (photo ci-dessus) est un lieu exceptionnel, avec des élévations de plafonds presque gothiques. Ensuite, après de longues recherches, nous découvrons enfin le Mausolée Cheikh Hassan Saqada, aménagé au XIXe siècle en théâtre de derviches tourneurs. C’est l’institut culturel italien qui s’occupe actuellement de la restauration: Ouverture prochaine, avec des spectacles, en 2003. Après une visite en patins de la mosquée Ibn Touloun, elle aussi en restauration, la caverne d’Ali Baba qu’est le Khan  Misr Touloun (en face) tenu par un égyptien marié à une française, et le musée Gayer Anderson, pour finir dans  les jardins du Mariott à déguster un succulent chawarma.

Après-midi à Zamalek, chez les galeries et antiquaires, Alf, Beit Sherif, Caravanserail, Bizarre Bazar, qui restent nos adresses préférées. Yasha déniche un lustre grandiose qu’elle veut emporter. Entretemps, le groupe dissident tente d’organiser le détournement du voyage...

Ce soir, nous dînons au FLUX, un des adresses les plus intéressantes du Caire. Caché dans les ruelles d’un quartier résidentiel, l’endroit est une vitrine du design contemporain, tout comme la carte, avec une cuisine fusion. Le jeune patron, Salah Maklad, ravi de nous recevoir, évoque les tendances actuelles de la jeunesse égyptienne qui court de plus en plus dans les lieux à thème de la capitale. Ses  prochains projets sont le Saffronia (french café) et le Pulp (bar à jus frais). Ca bouge de plus en plus, au Caire! 

vendredi 28 décembre 2001 – ABOU SIMBEL -

Nuit blanche. Inutile de dormir quand on a un vol à 5h du matin. Baron et Joëlle sont allés prendre un verre au Sangria, un bar très branché, en plein air sur les rives du Nil. L’hôtel nous fournit des colis de petit déjeuner pour la route: Dans une boite en carton, croissants, confiture, yaourt et Sprite. Qui a envie de Sprite à une heure pareille? Proteste Rana qui réclame (en vain) un jus de fruit! Les boites en carton sont conçues de manière à ne pas tenir en mains sans se démanteler. Du déconstructivisme industriel. Chacun, déjà encombré de ses bagages, s’empare de sa boite avec pour mission de la maintenir en équilibre et fermée. En arrivant à l’aéroport du Caire, nous remarquons que les passagers provenant des autres hôtels (Sheraton, Le Méridien, Hilton) sont pourvus de boites aussi déconstruites que les nôtres. Le package design a un grand avenir au pays des pharaons. Le transport aérien aussi. Il suffit de voir l’aérogare des vols intérieurs et la pagaille incommensurable qui y règne. Un passager fait remarquer que l’heure annoncée pour le décollage de l’avion est en fait celle où les passagers commencent à être enregistrés.

Arrivée donc à Abou Simbel après une escale à Assouan. A Abou Simbel, il n’y a rien d’autre qu’un hôtel, le Visitors Center permettant d’accéder aux temples et les embarcadères des navires. Embarcadère, c’est un grand mot. En fait, il s’agit de descendre jusqu’à l’eau sur un chemin de pierrailles et d’arriver au Prince Abbas, notre magnifique navire, construit dans le style des anciens bâtiments de navigation fluviale, avec ses ponts en bois massif.

La visite des temples. Tout est caché derrière la colline artificielle, qui est plutôt une chape de béton,  contre laquelle ils ont été remontés. Plus on avance, plus on découvre.. Un grand moment. On se demande ce que ces colosses sont venus faire dans cet endroit au bout du monde. La création du Lac Nasser n’a fait qu’accentuer l’aspect surréaliste des lieux. Les deux temples, les eaux du Nil à perte de vue, le désert! On retourne au Prince Abbas, faire une pause arrosée de cocktails, au bord de la piscine. Nous remettons ça pour la soirée, avec le son et lumière. En arrivant, dans l’obscurité, on devine les silhouettes des colosses au clair de lune. C’est magique. Le spectacle de son et lumière est annoncé en espagnol, mais des écouteurs permettent de le suivrent dans la langue voulue. Un régal, chaque séquence est un tableau. Baron essaye de les prendre en photo, mais subira les plaintes de ses voisins et la malédiction de Ramses II qui brûlera tout son film.

Comment passer une fin de soirée dans un endroit pareil? Le bar du Prince Abbas étant le seul endroit à 500 km à la ronde! C’est calme. Très calme. On va sur la terrasse, on revient, et puis on se retrouve. Sur la table d’à côté, 4 français semblent achever une partie de cartes avec ennui. Nous leur proposons de jouer à « Psychologue » (aussi appelé psychiatre). Et dans le rôle du psy, ce sera Joëlle. La partie s’annonce mémorable. Déjà que le jeu est assez loufoque, mais quand on est avec des inconnus, ça devient un petit délire. La décence nous interdit de reproduire les questions – et les réponses! – qui furent posées, mais c’est dans des circonstances assez fameuses que nous fîmes la connaissance de Anne, Gwendoline, Julien et Marc. Attention, Ramses va entrer en action!

samedi 29 décembre 2001 – dimanche 30 décembre 2001 - LE LAC NASSER

Il est sept heures, Abou Simbel s’éveille! Le Prince Abbas va appareiller et faire un dernier passage devant les colosses d’Abou Simbel. Tout le monde sur le pont, pour faire les adieux à Ramses et Néfertari qui baignent dans la lumière dorée du levant. Ils sont moins sensibles au froid que Rana qui s’est vêtue de trois manteaux et 5 châles comme pour affronter l’hiver londonien. Baron est monté en boxer short. Il disparaît aussitôt et réapparaît déguisé en mammouth!

La croisière sur le Lac Nasser prend alors son cours. C’est une alternance d’activités très fatigantes: D’abord les repas, toujours gargantuesques, parfois en buffet, parfois en menu servi. C’est succulent, contrairement à ce qu’on entend au sujet de la bouffe des autres croisières. Les arméniens ont la surprise de voir ici du subeurek, leur plat national!  De temps en temps, on débarque pour visiter quelque monument antique sauvé des eaux lors des fameuses opérations menées sous l’égide de l’Unesco. Mais, incontestablement, la plus belle chose à faire est la contemplation. Même les plus urbains d’entre nous, ceux qui avaient peur de s’ennuyer avec un programme aussi oisif, n’échappent pas à la séduction de ces paysages surréalistes à tous les sens du terme. Les couchers de soleil et levers de lune sont des moments particulièrement spéciaux, surtout quand ils sont simultanés. Quel rêve de voir le soleil à gauche, la lune à droite dans cet univers aquatique et minéral!

Que dire du 1er arrêt à Kasr Ibrahim, le seul édifice à ne pas avoir été déplacé? Autrefois sur une colline, il est aujourd’hui un petit îlot au milieu du Lac nasser. Le plus important, c’est le soleil, et le bronzage en bikini de Joëlle! La visite du temple d’Amada, avec son merveilleux décor? L’occasion pour Wannous de se livrer à son sport favori, une partie de foot – torse nu avec son patch anti tabac – avant d’adopter un petit crocodile. Qui  se ressemble, s’assemble... Et Wadi el Seboua? Nous l’avons découvert la nuit, depuis le bateau, avec un soi disant son et lumière. Peu de lumière et pas de son du tout. Le lendemain matin, visite du site par temps maussade, avec le désert à perte de vue, l’allée des sphinx... Comment oublier le dîner d’adieux aux chandelles, la soirée club med avec tout le crew du bateau joua faisant son spectacle, et l’ambiance à la libanaise qui a ravi tout le monde! L’anglaise et Ramses, Joëlle et la danse orientale (un spectacle en soi), tout cela fut finalement bien chargé, et couronné par les remerciements du Capitaine Nasr et la pause photo avec ce dernier sur le trône du Prince Abbas (pas le bateau, le prince!).

Assouan approche, et un casse-tête avec lui: la soirée du Nouvel An! Le nouvel an a toujours cristallisé les passions. Pour beaucoup, c’est une soirée très importante qui doit être réussie. Baron et Baron avaient réservé, par téléphone, une table au 1901, le fameux restaurant du Old Cataract. Mais il semble à présent que cette réservation ne  soit que du pipeau. Suspense!

lundi  31 décembre 2001 - ASSOUAN -

Le Prince Abbas est amarré face au terminal maritime et ferroviaire du Haut Barrage, au Sud d’Assouan. Paysage industriel assez grandiose. On dirait Le Havre, dixit Gwendo. Escapade en barque pour aller voir le temple de Kalabcha et le Kiosque de Kertassi (photo ci-dessous), puis débarquement définitif et adieux avec le Capitaine Nasr. Nous n’allons pas tarder à retrouver l’eau puisque notre prochaine étape est le Temple de Philae, sur sa nouvelle île, entre les deux barrages d’Assouan. Ensuite, les amateurs de transports aquatiques ne seront pas déçus, puisque notre hôtel, l’Oberoi, est sur l’île d’Eléphantine. Il faut donc emprunter un vaporetto pour chaque aller et venue!

L’après midi, nous faisons un tour, avec Amel, guide autoritaire de chez Nouvelles Frontières, du côté des deux barrages, de la Nécropole Fatimide et de l’Obélisque inachevé, pendant que le soleil de cette fin d’après midi donne à la ville des couleurs ocres et dorées. La journée s’achève dans les rues de la ville, les souks, grand marché hétéroclite et coloré, pour acheter des bonnets en laine de chameau, des cannes, des instruments de musique, les épices. Le Baron barbu se fait interpeller par un barbier "Hey Father Christmas" tandis que Joëlle est abandonnée par ses compagnons... Et ce sont les ondes négatives qui commencent à se faire sentir.

Il est 19h. Réunion de crise dans la chambre 307. Tous les téléphones sont débloqués pour entrer en contact avec M. Fathy Sallam du Cataract. Pendant la journée, Fady et Wannous avaient tenté, sans résultats tangibles, de négocier la réservation de la table au 1901 avec le mystérieux Fathy Sallam. Mais sans résultats tangibles. Les rumeurs les plus contradictoires circulent. « Il faut avoir des ondes positives », dit Joëlle! Mais les ondes du téléphone, elles, elles sont nulles. Ou aller? Dans la salle vert pistache de l’Oberoi? Traîner dans les rues ? Mais Assouan n’est pas Barcelone! Tenter un restaurant typique en ville pour une ambiance authentique? On risque de nous chasser des 22h! Bref la situation est critique. Fady tente une médiation qui ne reçoit pas un accueil favorable chez tout le monde. Ca se gâte! Le seul consensus acceptable est l’Oberoi."Restons sur nos terres!" dit Rana.

Le Réveillon du Nouvel An à l’Hôtel Aswan Oberoi
La salle des fêtes est peinte en vert pistache avec un mobilier blanc. Pour l’occasion, elle a été décorée de guirlandes jaune pipi. Elle se remplit petit à petit. Des autochtones (la bourgeoisie assouaniote?) et des étrangers qui sont venus du monde entier pour participer à cette soirée mémorable. Un couple de japonais. Des indiens. Une  famille italienne... Et puis une dizaine de libanais qui semblent avoir été parachutés par erreur. Certains ont fait l’effort de se préparer: Coiffeur, costume cravate, robes longues... d’autres sont vetus comme s’ils allaient à un combat de Tai Chi. On a même vu un énergumène avec un collier de... un collier de quoi au fait? des trucs végétaux rougeâtres achetés sur le Lac Nasser. Mais le spectacle est là, avec un danseur africain torse nu qui ressemble à un sumo (il entraîne d’ailleurs Yasha, Eliane et le couple de japonais sans ses performances bizarres), puis un danseur dont on  ne sait pas s’il est nubien, mais qui porte une immense jupe en couleurs. C’est la compagnie de derviches tourneurs annoncés! A la queue leu leu autour d’une danseuse du ventre, danse nubienne (?), partage de cannes entre Jean Paul et Eliane, et enfin, les prix de la tombola: un porte clés griffé du logo de l’hôtel à Yasha et un plateau plaqué chrome à Mira!!!

Le Réveillon du Nouvel An à l’Hôtel Old Cataract
tel qu’il nous a été rapporté par Sona Aouad: "La soirée a magnifiquement commencé dans les jardins. On nous a servi des cocktails autour d’un feu. C’était très beau. Puis, vers 21h, nous sommes passés au restaurant 1901. L’ambiance n’était plus  au rendez-vous. Glaciale, guindée. Vous avez tellement bien fait de ne pas venir!"

Le Réveillon du Nouvel An à l’Hôtel Bassma
tel qu’il nous a été rapporté par Gwendo: "Une grande salle éclairée par des néons genre hall d’aéroport. Le spectacle annoncé? Rien! Tout le monde a protesté et a demandé à se faire rembourser. Ils ont promis de nous offrir la soirée festive pour le lendemain!"
 

mardi 1 janvier 2002 – KOM OMBO – ASSOUAN -

Interlude romantique: En ce jour de nouvel an, Yasha et Baron découvrent un grand coeur composé de pétales de roses sur leur lit.

Pour prendre la route Assouan – Louxor, les étrangers ne peuvent circuler que dans des convois escortés par la police touristique et qui partent à heures fixes. Si on arrive en retard, on doit attendre le prochain départ! Ce n’est heureusement pas le cas. Nous nous joignons donc à ce convoi pour les 40 premiers kilomètres, jusqu’à Daraw, petit village ou se rassemble, tous les mardi matin, un marché aux chameaux. Le spectacle est un peu décevant, surtout pour ceux qui ont vu des marchés vraiment spectaculaires comme ceux de Douz, dans le Sud Tunisien. C’est quand même l’occasion de rencontrer des gens du pays, avant de continuer vers le temple de Kom Ombo, non loin de là. Kom Ombo n’est pas un des plus grands temples de la Haute Egypte. Il constitue néanmoins une visite intéressante justifiée tant par son emplacement agréable sur un promontoire verdoyant dominant le Nil, que par sa forme symétrique qui lui est spécifique. Kom Ombo est en fait un temple double, consacré aux deux divinités: Horus, le faucon et Sobek, le crocodile. Temple double implique donc un corps double avec deux entrées (au lieu d’une) et deux axes parallèles de salles hypostyles. Il est très rare de voir une façade de lieu de culte arborer une composition en pare plutôt que centrée sur un axe principal. En se baladant dans le temple, on peut apercevoir, sur les murs d’une des salles, des hiéroglyphes assez uniques puisqu’ils comportent la plus ancienne représentation d’instruments chirurgicaux (photo ci-dessous).

A Assouan, pendant que les uns visitent le musée de Nubie, les autres se rendent à l’Old Cataract, à la recherche, non pas de l’Arche d’Alliance, mais de Fathy Sallam.

Une après midi en felouque à Assouan, c’est mémorable. Nous empruntons ce moyen de navigation pour visiter les îles et la rive gauche. Mais non. Avant tout, M. Jean Paul doit passer à l’Oberoi changer de souliers, vu qu’il vient d’un endroit chic! Après avoir tourné un quart d’heure autour d’Eléphantine, nous y voilà. Et puis, on repart, direction un village nubien, sur la rive gauche, pour une visite guidée par la police. On repart de nouveau. Ile Kitchener ou Monastère Saint Siméon? Les deux! Ah oui? Oui! Et par quoi on commence? Vous comprenez, nous sommes à deux pas de l’Ile Kitchener, mais il vaut mieux commencer par Saint Siméon, dont on ne sait pas à quelle heure il ferme! Donc, on va à Saint Siméon. Eh bien, non! Non? Oui, non! Le courant s’arrête, et toutes les felouques avec. Panne sèche en plein Nil. Kaput. Et puis ça repart doucement. Mais trop tard, Saint Siméon vient de fermer, nous dit le gendarme, alors que les méharistes nous proposent quand même de nous y emmener ! Bon on retourne à l’Ile Kitchener. Non! Non? Trop tard, aussi fermé. De toutes façons, nous sommes de nouveau en arrêt total. Mais pas pour longtemps. Un navire à moteur nous remorque vers l’embarcadère alors que nous sommes tous devenus fous, en train de danser et de chanter des chansons débiles! Finalement, ce fut un moment grandiose. Saint Siméon et Lord Kitchener attendront pour la prochaine fois!

On fait quoi ce soir? On dîne quelque part! Ah! Allons essayer le Isis Island, il paraît que c’est sympa. 2 trajets en vaporetto et 1h plus tard, on revient (presque à la nage). L’Isis Island est aussi romantique que l’ancien terminal de l’Aéroport d’Abou Dhabi. Reste le New Cataract, vu que l’Old ne veut pas de nous. Encore faut-il pouvoir y accéder. A force d’y entrer pour passer à l’Old Cataract (c’est la tactique pour fuir les vigiles!), pour une fois que nous entrons au New Cataract pour dîner au New Cataract, les gardes ne nous croient  plus et veulent nous convaincre de dîner à l’Old Cataract. Bref, c’est très compliqué. Heureusement, que Baron, qui connaît tout le monde, tombe dans les bras du chef de la sécurité (qui travaille en journée au musée juste en face). Retrouvailles émouvantes, on finit par avoir une table à la terrasse et passer une soirée un peu plus civilisée que celle de la veille. Le mezzé y est très bon, le cadre agréable. Certains continuent les after hours au café Nubia House, d’autres dans la cabine téléphonique du lobby de l’Oberoi, en conférence avec l’hôtel Bassma, paraît-il... 

mercredi 2 janvier 2002 – LE CAIRE -

Retour au Caire et retrouvailles avec Salwa pour retrouver le quartier copte. Ca tombe particulièrement bien, vu que notre guide fait partie de cette communauté. Cette promenade est une véritable découverte d’un monde aux racines millénaires, avec des églises fascinantes, des rituels ancestraux, des traditions qui se perpétuent. Ce quartier, aussi appelé Vieux Caire, semble un vase clos, très loin de l’agitation explosive de la capitale. Pour clôturer les festivités, notre cher Ramses prononce alors un discours mémorable sur le conflit entre les églises catholique et orthodoxe.

Après avoir tenté de photographier la synagogue, où, pour chaque photo prise, il faut acheter un book de cartes postales, la journée se termine par quelques achats chez Khan Misr Touloun. Notre Jean Paul y achète le mobilier de sa maison mais surtout un masque fameux qui semble voué à une histoire prometteuse. Taxi pour le Nile Hilton, on emporte des sandwichs à consommer en route vers l’aéroport. Embarquement à bord d’un airbus A340 d’Egypt Air. A quelle heure allons nous décoller? Et le stewart de répondre: Inch’Allah!
 

2002-2005, Baron & Baron, Rana Haddad, (photos), Baron & Baron (texte), tous droits réservés. >> CONTACTEZ NOUS